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SOLIDARITE
26.05.2016

Pourquoi la Confédération paysanne soutient les luttes contre la loi travail ?

26.05.2016 -
Le code du travail a plus d'un siècle. Sa mise en œuvre, à force de luttes et de sang versé, a été une immense victoire populaire face à l'appétit sans fin de profits des possédants et l'exploitation des travailleurs et des travailleuses rémunéré.e.s pour leurs seules productions. Même si le droit du travail s'est depuis enrichi, l'affaiblissement des luttes sociales depuis plusieurs décennies a laissé la place à une contre-offensive généralisée, sous couvert du terme imposé de "crise".

L'organisation de la guerre économique par la libéralisation des échanges a fait de la "compétitivité" l'argument systématique du patronat pour réclamer la démolition des constructions collectives qu'il avait concédées (outre le droit du travail : la Sécu, les retraites, les services publics...).

Loi après loi, les contrats de travail sont fragilisés, la protection sociale est rognée de partout, les licenciements sont facilités, le chômage et la précarité se généralisent, servant de prétexte à tout nouveau recul social. La population en général est précarisée. Dans ce contexte, la finalité et la stratégie des syndicats sont remises en cause.

Quoi de nouveau, quelle intention générale dans la loi « Travail » ? En permettant - entre autres dispositions - que les accords d'entreprise et de branche dérogent au droit commun, la loi El-Khomri ré-instituera le patronat dans une position encore plus forte où le chantage à l'emploi accélérera toutes les régressions : du pain béni pour les dirigeants économiques, que rien ne fait plus rêver qu'une société ramenée à un vivier d'auto-entrepreneuses et d'auto-entrepreneurs "compétitifs", c'est-à-dire bon marché et précarisés, donc corvéables et jetables à merci. Le gouvernement ne se vante pas de la justification idéologique de ce grand bond en arrière dans le XIXeme siècle. Elle s'appelle la "théorie du ruissellement", elle est de Ronald Reagan : plus les riches sont riches, plus les miettes seraient grosses pour les autres. Une manière toute particulière d'envisager le "socialisme"...

Et nous, Confédération paysanne, quel message avons nous à faire entendre ?

Nous sommes un syndicat paysan qui prône la défense de l'agriculture paysanne, de toutes ses travailleuses et tous ses travailleurs.

Comme travailleurs et travailleuses de la terre, nous connaissons bien la précarité, les rapports de force défavorables et la difficulté à faire reconnaitre nos droits - au revenu notamment. Nous savons ce que nous pesons individuellement face à l'appétit des banques, des agro-fournisseurs, des industries agro-alimentaires ou de la distribution.

Souvent, nous sommes également employeurs et employeuses. Cela ne nous aveugle pas : nous savons combien les distorsions des droits et des rémunérations entre travailleurs et travailleuses en Europe et dans le Monde sont utilisées contre la juste rémunération de notre propre travail de paysan·ne·s. Comment accepter avec cette nouvelle loi une telle régression des droits de l'ensemble du monde du travail, dans une position de vulnérabilité comparable à celle que nous vivons encore, nous paysans et paysannes, et contre laquelle nous nous battons au quotidien ? L'agriculture de compétition saura tirer profit de cette loi, comme de toutes les dérégulations.

Notre soutien aux luttes contre la loi El-Khomri ne relève donc pas seulement de la solidarité avec le monde salarié. Cette loi renforce des processus de dépendance contre lesquels nous nous battons en défendant les paysans et les paysannes contre l'agro-business. Elle prône la démolition des constructions collectives au nom de la compétition économique, quand nous nous battons au contraire pour une transformation de l'agriculture fondée sur l'utilité sociale de notre travail, à l'exact opposé des dogmes cannibales du libéralisme.

La loi El-Khomri entre pleinement dans la spirale de déconstruction des droits sociaux en Europe. Elle dépasse largement le domaine de l'agriculture. La Confédération paysanne combat depuis toujours les principes qui l'inspirent : soutenir le mouvement qui se lève, c'est prolonger nos combats de toujours.


Crédits photos : CPN
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